1 Gay 1 Hétéro (ou 1G1H) est un webcomic qui a vu le jour en octobre 2009. Fruit d'une collaboration entre Daniel French et Steve Requin, deux amis aussi multidisciplinaires l’un que l’autre, ce photo-roman d’un genre nouveau met en scène deux colocs, gai et hétéro, aux prises avec les aléas du quotidien. Parmi les situations humoristiques rencontrées par nos Oscar et Félix du web, on retrouve les relations amoureuses, les amis qui prennent avantage du duo, de même que la mise en échec des préjugés plus ou moins énormes concernant leurs deux modes de vie.
La comédie vient bien sûr des textes, souvent très drôles, parfois percutants. Mais les mimiques du duo ne le cèdent en rien au matériel écrit. Une galerie de personnages, dont certains sont à la limite de la caricature, viennent apporter une diversité, abolissant ainsi les gags répétitifs.
Je me suis intéressé à cette série lors de mon arrivée (tardive) sur Facebook. Le slogan m’avait intrigué : « Deux gars peuvent-ils être colocataires et meilleurs amis même s’il n’ont rien en commun? Évidemment! ». Sachant par expérience que gais et hétéros se ressemblent énormément, sauf au chapitre des préférences sexuelles, je me suis mis à suivre cette série. Et j’ai aimé.
Comme je me l’imaginais, les différences tiennent plus aux caractères des personnages que leur orientation sexuelle, laquelle est très souvent prétexte à des gags marqués par un solide bon sens, et une bonne expérience des relations amoureuses de part et d’autre.
Occasionnellement, le duo plonge dans la satire des institutions, comme la Croix-Rouge, qui a donné lieu à un gag hilarant sur leurs critères de sélection des donneurs de sang.
Voici en exemple un des derniers gags illustrant le quotidien de 1G1H :
Requin and French, since 2009
Mais qui sont ces deux comparses? Steve Requin est de profession un scénariste de BD, dont la carrière remonte à la fin des années 80. Sous le pseudonyme de Jon-Son, il travaille à Wow!, pour arriver chez Safarir, de 2001 à 2008. Entre-temps, il publie de nombreuses BD sous la bannière de sa maison d’édition Requin Roll. Sans compter les prémices qui le feront entrer chez Safarir, soit la série Les Plagiats de la BD, où il pointait le très connu magazine du doigt.
Daniel French, tout aussi multidisciplinaire que son partner in crime, est chanteur, acteur, scénariste, et directeur de plateau, tant pour le cinéma que pour la télévision. Il a scénarisé le film, et s’est occupé des décors. Homme-caméléon, il change de look comme d’autres de chemise. Cette particularité est mise en valeur dans certains des gags du webcomic de 1G1H.
Le film
Mais quelle est la suite logique? Un film, voyons! Avec la plupart des personnages qui ont marqué le webcomic. Présenté tantôt comme un court-métrage à part entière, tantôt comme un pilote pour un projet de série télé, il n’en demeure pas moins que le film donne enfin la troisième dimension aux personnages, et met les fans à date sur leurs personnages favoris.
La vie de nos deux amis est devenue un peu trop calme. Lire : on n’a pas de chum/blonde! Arrive Samantha (Sandryne Bédard), une vielle amie perdue de vue qui vient annoncer la bonne nouvelle : elle joue dans un film! Sur ses talons aiguille arrivent d’autres figures du photoroman, comme Kévine (Renaud Guilbert), le cousin de Steve, ex de Daniel, demandant à nos deux amis de s’occuper de son emploi de «téléphoniste» à temps partiel. Quant à Daniel, il reconsidèrera sa relation occasionnelle avec Johnné (Luc Bernier).
Plusieurs gags savoureux assaisonnent le film, dont celui que Samantha présente fièrement à nos amis. Ce dernier ne remporterait jamais d’Oscar, mais peut-être un AVN pour la qualité du scénario! Les essais de Steve et Daniel avec l’emploi de téléphoniste à temps partiel de Kévine sont très amusants, surtout ceux de Daniel!
Évidemment, comme toute première œuvre, il y a aussi des défauts, comme la caméra, nerveuse, qui parfois manque son objectif à mes yeux. C’est particulièrement évident lorsque Samantha se lève d’un sofa pour aller faire jouer un DVD. Aussi, bien qu’on ait pensé aux spectateurs qui voyaient le film sans nécessairement connaître le webcomic en insérant des transitions appropriées, l’effet de clignotement utilisé n’est pas des plus heureux.
Cependant, il s’agit plus de choix malheureux de plans de caméra et de montage qu’autre chose. Le produit 1G1H est un court-métrage sans prétention aucune, qui livre honnêtement la marchandise. On veut faire rigoler, et on y arrive très bien!
La première
C’est dans un Cinéma du parc plein de fans, d’amis et de curieux que le film a été dévoilé, en même temps que le DVD. Ne reculant devant rien pour satisfaire les fans, Fast Pictures (la compagnie de production) a vu à intégrer les webcomics dans leur intégralité en guise d’extras. Excellente initiative, qui devrait faciliter non seulement le visionnement du film pour ceux qui connaissent peu l’univers de 1G1H, mais aussi attirer de nouveaux adeptes.
D’ailleurs, au moment d’écrire ces lignes, le DVD est presque en rupture de stock.
Fast Pictures prépare déjà un second film, lequel sera un long métrage avec plusieurs des acteurs de 1G1H. Le sujet en sera cependant complètement différent, de même que l’atmosphère.
Cette jeune maison de production a le vent dans les voiles, avec du matériel inusité, qui vient rafraîchir agréablement un cinéma québécois intéressant, certes, mais qui manque d’originalité dans plusieurs cas. Laissez-vous séduire par 1Gay 1Hétéro ; le rire y est au rendez-vous!