21 mai, 2006

par Royal du Perron

Au printemps 2003, le journaliste de Libération Philippe Kieffer laisse un message laconique sur le répondeur de Thierry Ardisson. Quinze minutes plus tard, l'animateur le rappelle : - « Bon, ça va, pour le livre, je suis d'accord. »

Ainsi commence le récit d'un homme à qui tout peut arriver et à qui tout arrive car gloire et déchéance s'y succèdent à un rythme affolant. Le livre est tiré d'une série d'entrevues. L'auteur a rencontré l'animateur dans le jardin d'un grand hôtel parisien. Et par ses descriptions constantes des gestes de son interlocuteur, Kieffer fait preuve d'une certaine complaisance, comme si le moindre battement de cils de la vedette était pour le lecteur d'une importance capitale.

Si Ardisson n'aime pas l'accent québécois, c'est à notre tour maintenant de questionner son langage car on ne comprend pas toujours son argot parisien. Aussi le lecteur américain est privé d'un certain piquant car les gens cités sont souvent d'illustres inconnus en terre d'Amérique.

Une enfance dans un milieu ouvrier avec les nombreux déménagements causés par le travail d'un père ingénieur. Une éducation et des camarades algériens laissent des traces, peut-être les plus belles de sa vie, car elles sont marquées du sceau de l'innocence et de la pureté.

Sexe, drogues et rock&roll sont un peu la trame de fond de cette brique échelonnée sur un demi-siècle. À 17 ans, ans, un certain Johnny Honeywood offre à l'ado un poste de disquaire au Whisky-à-Gogo, une boîte à la mode de la Côte d'Azur. Voilà l'occasion pour Ardisson d'exercer un premier travail professionnel mais aussi de faire valoir ses charmes auprès des filles et les temps sont jouissifs. On apprend par ailleurs que les after-hours gais auxquels il assiste sont dignes des meilleurs moments de Sodome et Gomhorre. Et on constate très vite que le mot « retenue » ne semble pas exister dans le vocabulaire ardissonien.

Puis ce sont les années de succès et de gloire dans le domaine publicitaire. « Pour réussir dans la pub, il faut savoir écraser tous les concurrents » confesse le gourou du métier en avouant candidement ne pas avoir tué mais avoir fait tout le reste.
Les drogues dures sont omniprésentes dans cette vie accélérée puis un jour, l'héroïne fera dégringoler le héros. La dérive est éloquente alors qu'à Bali, le grand
gaillard devient une épave au gré des flots. Une longue période de reconstruction physique et morale s'imposera alors et c'est en traversant les États-Unis en caravane avec sa femme et un autre couple qu'elle aura lieu.

On mentionne aussi, sans aucun motif, que Ardisson fréquente en les nommant - jet set oblige ! - les plus grands hôtels de tous les continents. Et qu'il a rendu cocu le shah d'Iran. Détails superflus ? Arrogance ? Poudre aux yeux ? On ne sait trop.

On apprend qu'il a oeuvré dans le journalisme notamment chez Playboy et Paris Match mais aussi aux sérieuses Nouvelles Littéraires et à l'Express. Des aveux sont faits avec une certaine candeur mais aussi parfois avec désinvolture. Comme cette citation de Sénèque qu'il a inventée de toute pièce et placée en exergue de son livre Rive Droite.

Aussi, Ardisson copiera six pleines pages d'un livre de Louis Delamarre publié en 1933 pour les coller dans son roman Pondichéry (1993) mais un professeur d'histoire de La Réunion reconnaît le plagiat et dénonce l'imposture de l'homme en noir. C'est la déchéance mais tel un chat qui retombe sur ces pattes, Thierry Ardisson prend du mieux et il retourne où il excelle, dans le jet set du parisianisme branché érotico-post-moderne.

Thierry Ardisson, Confessions d'un baby-boomer par Philippe Kieffer, Éditions Flammarion, 2005, 358 pages

Pour en savoir plus : http://editions.flammarion.com/accueil/