Ce sont les dernières paroles qu’elle m’a dites le 29 janvier dernier alors que je l’ai brièvement approchée lors de son anniversaire. Évidemment, elle n’était plus en état de tenir maison. Mais Lady Alys Robi était une femme combattive, elle n’a jamais lâché prise.
Je ne connaissais pas beaucoup la grande dame. J’ai eu l’occasion de la côtoyer alors qu’elle chantait dans les bars gais dans les années 60 et 70. À Montréal, Le 1160 (Sherbrooke Est, près Amherst) et La Rose Rouge, dans l’ouest de la ville. J’appréciais son incommensurable talent et j’aimais l’artiste. J’adorais sa façon de tout donner quand elle interprétait de grandes chansons à texte. Je l’admirais beaucoup mais quand je lui parlais, elle avait toujours l’air contrarié.
Chaque artiste a son anecdote à raconter quant aux sautes d’humeur d’Alys Robi : chanteurs, musiciens, interprètes, journalistes, biographes, relationnistes, photographes, etc. Elle en a fait brailler plus d’un. On aurait dit qu’Alys voulait faire payer au monde entier son difficile retour à la chanson.
J’ai revu Ma vie en cinémascope hier. C’est la faute à personne si Alice Robitaille a été si malade. Mais lui faire subir tant de cruautés avec acharnement, était-ce vraiment nécessaire ? Ensuite, une fois qu’elle a reçu son congé de l’hôpital, pourquoi a-t-elle si peu travaillé dans des lieux nobles ? Se produire une seule fois à la Place des arts en plusieurs décennies, ça se prend mal pour une artiste de son calibre. Manifestement, Alys ne le prenait pas.
Disons les choses comme elles sont : les bonzes de l’industrie l’ont conspuée et c’est honteux. Une artiste de sa classe et de son talent a dû faire les cabarets de troisième ordre pour survivre. Seuls les gais, les gens simples, les démunis, l’ont soutenue. L’Adisq n’a même pas consacré un prix hommage à cette doyenne extraordinaire. Pauvres petites gens que les dirigeants de cette association.
Je ne veux pas faire de psychologie à la petite semaine mais je parie que si Alys Robi n’avait pas été si ouvertement rejetée par les gens de l’industrie, elle aurait été de bien meilleure humeur. Elle n’aurait pas fait la vie dure aussi souvent à ceux qui l’entouraient.
Pour ses funérailles, le petit peuple du quartier St-Roch lui a été fidèle pour la conduire à son dernier repos. Et c’est tout à son honneur.
Aujourd’hui Lady Alys Robi n’a plus besoin de logement. Parions que son grand amour, Olivier Guimond lui a réservé une loge royale. Qu’elle soit entourée de paix et d’amour pour l’éternité.