
Opinion - Sur la laïcité
(NDLR) Beaucoup de gens, d’organismes et de personnalités ont exprimé récemment leur point de vue respectif sur la laïcité, qu’elle soit ouverte ou fermée, ou quelque part entre les deux. ZoneCulture s’intéresse de près à la chose publique et aime accorder de l’espace aux écrivains et artistes qui, loin des hommes et femmes politiques, ont leur franc-parler. Voici l’opinion de l’un d’eux. Les sous-titres sont de nous. :
Le 30 mars 2010
Quand on parle de laïcité ouverte, c'est de l'hypocrisie pure et simple parce que la laïcité ouverte n'est rien d'autre que ce qui existe déjà. Moi qui ne crois pas à ce monde tordu des croyances, je lutte depuis 1964 pour la laïcisation du Québec parce que toutes les religions ne sont plus que de la pourriture. Que Jean Charest, le Bloc québécois et Québec Solidaire ne comprennent pas que les Églises sont un cancer qui a tué et continue de tuer plus de monde que toutes les guerres (dont elles sont presque toujours l'origine d'ailleurs), me sidère. Qu'ils considèrent que le catholicisme constitue l'une des valeurs fondamentales de notre société, alors que notre l’Église a vendu son âme au diable anglais et l'a servi lâchement pour mieux faire de nous une sous-humanité, me répugne. Qu'il y ait toujours un crucifix à l'Assemblée nationale du Québec et qu'on tienne à l'y voir rester, dit bien jusqu'à quel point nous sommes sado-masochistes et névrosés.
Deux poids, deux mesures
Quand Radio-Canada fait appel à un professeur d'université d'ascendance juive, soi-disant agnostique, mais défendant la laïcité ouverte, voilà ce que j'appelle un détournement d'information, surtout si le savant professeur est là pour me faire croire que les signes religieux ne constituent pas en soi un prosélytisme, que porter la croix chrétienne au cou, les bouclettes juives de chaque bord des oreilles, le kirpan à la ceinture et le foulard islamique dessus la tête, sont tout à fait admissibles, aussi bien dans l'espace public qu'ailleurs, ce n'est là que de la perversité. Du temps que je militais activement pour l'indépendance du Québec, que je portais un macaron du RIN ou du Parti québécois au revers de ma veste, on refusait que je les porte dans les maisons d'enseignement et dans toutes nos institutions parce que, me disait-on, du seul fait de les arborer, je faisais du prosélytisme. Pourquoi ce qui est vrai en politique ne l'est plus lorsqu'il s'agit de religion?
De beaux ghettos
Quand Amir Khadir et Mère Theresa défendent la laïcité ouverte, soi- disant parce qu'elle permet aux immigrants de mieux s'intégrer, quel retournement de sens! De la même espèce que celle qui essaie de nous faire croire que Montréal est une ville interculturelle! Les Juifs ne sortent pas de leur ghetto, pas plus que les Chinois, les Musulmans, les Grecs ou les Anglais : ils ne communiquent même pas entre eux! Comment peut-on faire semblant de penser qu'ils le font avec la nation québécoise et française, qu'ils s'intéressent à notre culture? Nous lisent-ils? Écoutent-ils notre musique? Voient-ils notre cinéma? Notre théâtre? La réponse, c'est : non, pantoute! Ce qui explique que Montréal est devenue au nom des accommodements déraisonnables (langue, éducation, travail) une ville de ghettos, et c'est l'une des raisons pourquoi les francophones la désertent de plus en plus. Quand le maire (Gérald) Tremblay croit qu'il suffira de quelques raccommodements financiers pour que les francophones repeuplent la nécropole, il prend sa vessie pour une lanterne! Il ne comprend surtout pas l'écœurement des francophones qui, eux, ne peuvent pas se servir des chartes des droits et libertés pour revendiquer les leurs! Le sionisme du
Conseil juif désormais québécois (quelle hypocrisie encore!) est là pour
nous en donner la preuve tous les jours!
Un combat perdu ?
Quand on veut que je me définisse par rapport aux autres, quand les musulmans, les chrétiens, les juifs et tous les autres fous de Dieu considèrent qu'il n'y a que moi à avoir des devoirs puisqu'eux ont tous les droits, et que ces droits-là sont pour tout dire divins, je hurle qu'il est temps qu'on reprenne ce combat pour la vraie laïcité, qu'on croyait avoir gagné, mais qui, dans mes mauvais jours, me paraît être un combat qu'on a désastreusement perdu parce que, au nom de la politique sale, veule et aliénée, on a laissé notre langue et notre être se corrompre et se pervertir au point que voilà où nous en sommes : à laisser les autres nous imposer ce que nous devrions être, c'est-à-dire les larbins de leur fanatisme. Quand on ne sait pas encore que Dieu est mort, que les Églises sont de grandes salopes et les religions la négation de toute civilisation, on reste dans le trou noir de son obscurantisme, on n'écoeure pas les autres avec!
Victor-Lévy Beaulieu
Trois-Pistoles, Québec
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Photo : Radio-Canada |